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Espaces verts et santé mentale

Dernière mise à jour : avr. 29

Les espaces verts et naturels agitent la communauté scientifique. De nombreux travaux démontrent les effets positifs des espaces verts sur la santé humaine, au point de se voir qualifiés de « leviers d’action majeurs en matière de santé publique ». C’est la conclusion des travaux de recension conduits par Plante & Cité. Les auteurs approfondissent le sujet en réalisant une méta-recherche sur le sujet, intitulée Effets bénéfiques des espaces de nature en ville sur la santé. Ils rendent compte que notre santé mentale et dans une moindre mesure notre santé physique sont profondément affectées par les espaces verts en ville.

Plusieurs champs d’effet sont mis en avant. En premier lieu, vivre à proximité d’espaces naturels réduirait le stress et l’anxiété. C’est la forme la plus courante de trouble psychique (7,5% en Occident). La recherche prouve que les espaces verts tendent à réduire cette prévalence, de manière indirecte, notamment en facilitant la capacité de se recentrer sur l’instant présent, tandis que l’anxiété est par définition l’anticipation d’un futur angoissant. Physiologiquement, cela se traduit par une réduction de la tension artérielle, du rythme cardiaque et de l’activité cérébrale, menant à un état de relaxation, et ce dès la perception même de l’odeur d’un espace naturel en ville. Cette corrélation a été mise en avant dès les années 1970. Bref : à l’échelle statistique d’une ville, les espaces naturels ont un effet vertueux significatif.

Les espaces verts ont également un effet sur les troubles dépressifs en réduisant les « affects négatifs » (colère, tristesse, confusion) et en augmentant la joie, l’enthousiasme et l’optimisme, ce à quoi s’ajoute l’augmentation d’activité physique en ville. Il y a une relation positive entre « la fréquentation des espaces de nature et une faible prévalence des troubles dépressifs à l’échelle d’un quartier », ce qui s’expliquerait par l’augmentation de la pratique physique et du nombre d’interactions sociales entre habitants. Cela se traduit à l’échelle d’une ville par une diminution des traitements à visée antidépressive et une morbidité réduite concernant les troubles anxio-dépressifs. Pour autant, ces avancées sont encore discutées dans la communauté scientifique.

Les troubles de l’attention sont aussi sujets à l’influence des espaces verts. Les espaces de nature en ville permettent « de récupérer d’une fatigue mentale et de faciliter le rétablissement des capacités d’attention et de concentration », en jouant sur la mémoire de travail et la capacité d’introspection. Sur le plus long terme, il semblerait que la déconnection des citadins avec la nature, notamment durant leur enfance, aurait tendance à augmenter les risques de troubles anxieux et dépressifs, d’obésité et de développer des maladies cardiovasculaires, ainsi que des troubles du comportement et de baisse des performances cognitives. Au quotidien et matériellement, les espaces verts permettent surtout un dépaysement, une atténuation des désagréments de la ville et d’améliorer indirectement la santé des citadins, en permettant de s’extraire de la routine bitumée. Il s’agit de couper court à la sédentarité, cause majeure de mortalité avec les problèmes cardiovasculaires, de diabète et d’obésité, en favorisant la reprise d’activités physiques. Enfin, les végétaux permettent de réduire la pollution atmosphérique, ce qui augmente statistiquement l’espérance de vie à l’échelle d’une ville. Ils augmentent la fréquence des sorties, contribuant ainsi à améliorer l’efficience du système immunitaire et de promouvoir un sommeil de qualité.



Cette étude paraît à l’heure où les conditions de vie des Français ont été bouleversées, ce qui a des conséquences majeures sur leur santé mentale. On constate une augmentation frappante de cas de troubles de l’humeur et des symptômes anxieux et dépressifs.

L’enquête CoviPrev, répétée depuis mars 2020, atteste d’une dégradation de la santé mentale de la population : 31% des personnes interrogées présentent au moins un trouble de l’humeur (anxieux ou dépressif). 20% souffrent d’un état dépressif (+10%), 21% d’un état anxieux (+7,5%). On constate également une augmentation des pensées suicidaires (9% vs. 5% en 2017) ainsi qu’une réduction de la qualité du sommeil (65% déclarent des problèmes de sommeil au cours des 8 derniers jours, c’est 16% de plus que la tendance habituelle). La santé mentale des personnes interrogées s’est donc largement dégradée au cours de l’année passée, avec une prévalence des troubles anxieux, dépressifs, des troubles du sommeil et des pensées suicidaires. C’est tout particulièrement vrai chez les personnes en situation de précarité, celles ayant des antécédents de troubles psychologiques et chez les jeunes (18-24 ans). Ces troubles se manifestent notamment par la colère, la peur, l’inquiétude pour sa santé, la frustration ou encore le sentiment de solitude, qui sont associés à une santé mentale dégradée. Il apparait donc comme clair et évident qu’un investissement dans les espaces verts revêt un caractère sanitaire, d’autant plus clair depuis mars 2020 et la dégradation de l’état de santé des Français, notamment dans le processus de reprise d’une vie dite « normale » dans les années à venir.


Sources : Meyer-Grandbastien A., Vajou B., Fromage B., Galopin G., Laille P. (2021). « Effets bénéfiques des espaces de nature en ville sur la santé : Synthèse des recherches int